À la suite d’un accord de partenariat signé en mai 2017, SNCF et le Mémorial de la Shoah ont engagé un projet de création d’un lieu de mémoire dans l’ancienne gare de voyageurs de Pithiviers, dans le Loiret. Inauguré en 2022, ce lieu permet de restituer l’histoire de la gare et de rappeler le rôle qu’elle a joué dans l’internement et la déportation des Juifs de France pendant la Seconde Guerre mondiale.

Pithiviers, de la gare de déportation au lieu de mémoire

Entre 1941 et 1943, les camps de Pithiviers et de Beaune-la-Rolande constituent deux lieux majeurs de l’internement des Juifs en France. Près de 16 000 personnes y sont internées au cours de cette période. Beaucoup sont d’abord arrivées dans le Loiret par les gares de Pithiviers et de Beaune-la-Rolande, avant d’être transférées vers les camps de la région parisienne, principalement celui de Drancy, qui devient le principal camp de regroupement avant la déportation.

L’histoire de Pithiviers est notamment marquée par la rafle du Vel’ d’Hiv’, menée les 16 et 17 juillet 1942. Après leur arrestation à Paris et dans sa banlieue, des milliers de familles juives sont conduites vers les camps du Loiret. Parmi elles se trouvent près de 4 400 enfants. Internés avec leurs parents à Pithiviers ou à Beaune-la-Rolande, ils en sont progressivement séparés à l’été 1942. Lorsque les adultes sont transférés vers Drancy, les enfants restent seuls dans les camps du Loiret.

À Pithiviers, plusieurs centaines d’enfants sont ainsi laissés sans leurs parents. À partir d’août 1942, ils sont à leur tour transférés vers Drancy, par groupes, dans des conditions particulièrement difficiles. Séparés de leurs familles, ils sont ensuite déportés vers Auschwitz-Birkenau. La grande majorité d’entre eux ne reviendra pas.

Au total, 8 100 Juifs internés dans les camps du Loiret sont déportés directement vers Auschwitz-Birkenau, en huit convois partis des gares de Pithiviers et de Beaune-la-Rolande. Ces convois, organisés entre 1942 et 1943, constituent l’une des étapes de la mise en œuvre de la politique de déportation des Juifs de France. La gare de Pithiviers devient ainsi un lieu essentiel pour comprendre le processus qui conduit de l’arrestation et de l’internement à la déportation.

Une gare au cœur de l’histoire de la déportation

La gare de voyageurs de Pithiviers occupe une place particulière dans cette histoire. Elle constitue l’un des points de passage par lesquels des milliers de personnes sont conduites vers les camps ou en sont transférées. Les voies ferrées relient alors directement les lieux d’internement du Loiret aux autres sites du système concentrationnaire et de déportation mis en place en France et en Europe.

Aujourd’hui, l’ancienne gare conserve la mémoire de ces événements. Le lieu de mémoire créé par SNCF et le Mémorial de la Shoah permet de replacer la gare dans son environnement historique et de donner à voir les différentes étapes du parcours des personnes internées : l’arrestation, le transfert, l’internement, la séparation des familles, puis la déportation.

Un centre d’information et d’éducation

Installé dans les murs de l’ancienne gare, le centre d’information et d’éducation s’étend sur près de 400 m². Il propose une exposition consacrée à l’histoire de l’internement des Juifs dans les camps de Pithiviers et de Beaune-la-Rolande et à leur déportation. Une attention particulière est accordée à l’histoire de la gare et à son rôle dans les transferts et les départs des convois.

Documents d’archives, photographies, témoignages et ressources historiques permettent de restituer les trajectoires des personnes internées et de replacer leur histoire individuelle dans le contexte plus large de la persécution et de la déportation des Juifs de France.

Le centre a également une vocation pédagogique. Pensé pour accueillir des groupes et notamment des classes, il propose des activités éducatives permettant aux jeunes générations de découvrir cette histoire, de travailler à partir de sources historiques et de réfléchir aux mécanismes de persécution, d’exclusion et de déportation. Le lieu offre ainsi un espace pour apprendre, transmettre et faire vivre la mémoire des victimes.

Un lieu inscrit dans un réseau mémoriel

Le lieu de mémoire de Pithiviers est porté et animé par le Mémorial de la Shoah. Il s’inscrit dans un ensemble de lieux et d’initiatives consacrés à la mémoire de la Shoah en France et fonctionne en complémentarité avec le CERCIL – Musée-Mémorial des enfants du Vel’ d’Hiv’.

Installé à Orléans et créé en 2011, le CERCIL est consacré à l’histoire des camps de Pithiviers et de Beaune-la-Rolande ainsi qu’à celle des enfants qui y furent internés. Il dispose d’un centre de ressources et d’une exposition permanente permettant d’approfondir l’histoire de l’internement et de la déportation dans le Loiret.

La complémentarité entre les deux lieux permet de mettre en relation l’histoire du territoire, celle des camps du Loiret et celle des victimes qui y furent internées. À Pithiviers, l’ancienne gare rappelle concrètement le rôle du chemin de fer dans les déplacements forcés et les déportations ; à Orléans, le CERCIL permet d’approfondir cette histoire à travers ses collections, ses archives et son travail pédagogique.

En faisant de l’ancienne gare de Pithiviers un lieu de mémoire, SNCF et le Mémorial de la Shoah contribuent ainsi à préserver la trace de celles et ceux qui y furent internés et déportés, et à transmettre cette histoire aux générations futures.