Entre 1939 et 1945, la SNCF est confrontée à une situation sans précédent. Entreprise publique créée en 1938, elle doit poursuivre son activité dans un contexte de guerre, puis d’Occupation, sous l’autorité du gouvernement de Vichy et sous la contrainte des autorités allemandes. Le réseau ferroviaire est alors utilisé pour les besoins militaires et économiques de l’occupant, mais aussi pour les transports de prisonniers, de déportés et de travailleurs requis. Dans le même temps, de nombreux cheminots s’engagent dans la Résistance, au prix de lourdes pertes.
Une entreprise réquisitionnée
Le 3 septembre 1939, la France déclare la guerre à l’Allemagne, deux jours après l’invasion de la Pologne. Créée un an plus tôt, la SNCF met alors ses moyens matériels et humains au service de la mobilisation et de l’effort de guerre.
Au printemps 1940, l’offensive allemande conduit à la défaite de la France. Le 22 juin, le gouvernement du maréchal Pétain signe à Rethondes la convention d’armistice.
Toutes les organisations françaises de transport situées sur le territoire occupé sont à la disposition pleine et entière du Chef Allemand des TransportsConvention d’armistice, article 13, 22 juin 1940
La SNCF, en raison de son rôle stratégique dans les déplacements de personnes et de marchandises, se trouve ainsi placée sous une double contrainte : elle doit répondre aux directives du gouvernement de Vichy tout en se conformant aux exigences des autorités d’occupation. Dans la zone occupée, son activité est placée sous le contrôle de la Wehrmacht-Verkehrsdirektion (WVD), la direction allemande des transports. Dans la zone non occupée, les chemins de fer restent sous l’autorité du gouvernement de Vichy.
Le rail constitue alors un moyen de transport essentiel. Le rationnement du carburant et des pneumatiques, ainsi que les réquisitions de véhicules, limitent fortement le transport routier. Le chemin de fer est donc indispensable au ravitaillement, à l’industrie et au commerce. Les transports militaires allemands et l’acheminement vers l’Allemagne des marchandises prélevées en France figurent toutefois parmi les priorités imposées par l’occupant.
Dès l’automne 1940, la SNCF est ainsi contrainte de mettre d’importants moyens à la disposition des autorités allemandes, notamment 2 000 locomotives et 85 000 wagons.

Le chemin de fer au cœur du système de répression et de déportation
Le système ferroviaire est également utilisé par l’occupant pour organiser les déplacements de prisonniers et de personnes persécutées. À l’été et à l’automne 1940, plus d’un million et demi de prisonniers de guerre français sont ainsi acheminés vers les Oflags et Stalags du Reich.
À partir de 1941, les transports ferroviaires participent également à la politique de répression et de déportation menée par l’Allemagne nazie. Des dizaines de milliers de résistants, d’opposants et de personnes persécutées sont déportés vers les camps de concentration. Puis, en 1942, le rail est utilisé pour la déportation des Juifs de France vers les camps d’extermination. Entre 1942 et 1944, 75 721 Juifs sont ainsi déportés de France dans le cadre de la « Solution finale », parmi lesquels environ 11 400 enfants. Les autorités allemandes imposent la composition des convois, les itinéraires, les horaires et, à partir de juin 1942, l’utilisation de wagons de marchandises. Les trains sont acheminés jusqu’à la frontière allemande, puis pris en charge par la Reichsbahn.
Le système ferroviaire est également mobilisé pour le transfert des travailleurs requis au titre du Service du travail obligatoire (STO) vers l’Allemagne.
Ces transports s’inscrivent dans un dispositif organisé et contrôlé par les autorités allemandes. Les cheminots sont soumis aux contraintes de l’Occupation et aux lois de guerre allemandes, dont les sanctions peuvent aller jusqu’à la peine de mort ou aux travaux forcés.
Des cheminots engagés dans la Résistance
Dans le même temps, de nombreux cheminots s’engagent dans la Résistance. Leur connaissance du réseau, des installations et des circulations leur permet de participer à des actions très diverses : renseignement, sabotage, aide aux personnes recherchées, transmission de messages ou encore protection et acheminement de matériel.
Cet engagement se paie au prix fort : plus de 2 200 cheminots sont victimes de la répression, fusillés ou morts en déportation.
À l’été 1944, les cheminots jouent également un rôle important dans la Libération. Ils participent notamment à la mise en œuvre du « Plan vert », destiné à désorganiser les communications ferroviaires et à empêcher l’acheminement des renforts allemands vers la Normandie après le Débarquement. En août 1944, leur grève contribue au déclenchement de l’insurrection parisienne.
Dès les premiers mois de la Libération, les cheminots sont enfin mobilisés pour remettre en état un réseau lourdement endommagé par les combats, les bombardements et les sabotages. Ils prennent ainsi une part active au rétablissement des communications et à la reconstruction du pays.
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Les dates clés

Une entreprise placée sous l’autorité de l’occupant

La résistance cheminote

Les cheminots victimes de la répression




