1. Introduction

Comme d’autres administrations et entreprises nationales françaises, la SNCF sous l’Occupation est tenue par la position du gouvernement français et, avant tout, aux clauses de l’armistice signé à Rethondes (Oise) le 22 juin 1940. Celui-ci stipule en son article 13 que les moyens de communication, que ce soit le téléphone, le télégraphe ou les transports et, en particulier, le transport ferroviaire, sont mis « à la pleine et entière disposition » de la Wehrmacht (l’armée allemande) en territoire occupé. Dans la zone non occupée, les chemins de fer fonctionnent sous l’autorité du gouvernement de Vichy.

La jeune entreprise publique, créée en 1938, doit donc faire face à une double contrainte, puisqu’elle est subordonnée à la politique de l’« État français » et aux exigences des autorités d’occupation. Elle est un rouage majeur de la collaboration ferroviaire d’État, décidée au plus haut niveau du côté allemand et français. En l’absence de transports par camion – le combustible et les pneus sont rationnés, les véhicules sont réquisitionnés – le chemin de fer est le seul moyen de transport pour le ravitaillement, l’industrie et le commerce, mais le transport du matériel de guerre et des troupes de l’Allemagne nazie est prioritaire, ainsi que celui des marchandises prélevées en France à destination de l’Allemagne.

Et le chemin de fer sera systématiquement utilisé par l’occupant pour le transport à l’été et l’automne 1940 de plus d’un million et demi de prisonniers de guerre vers les Oflag et Stalag du Reich. Puis, comme partout en Europe, à partir de juillet 1941 pour les 88 000 déportés résistants et victimes de la répression vers les camps de concentration, et de mars 1942 pour la déportation de 75 721 Juifs de France, dont 11 400 enfants, vers les camps d’extermination. Enfin, il convoiera les quelque 600 000 travailleurs forcés, requis au Service du travail obligatoire (STO) en Allemagne. Des cheminots se trouvent dans chacun de ces contingents. Des cheminots qui prendront une part active à la Résistance, sous de multiples formes. Leur engagement coûtera la vie à plus de 2 200 d’entre eux, victimes de la répression, fusillés ou morts en déportation. La contribution des cheminots à la Libération à l’été 1944 a été reconnue comme importante, d’abord par la mise en œuvre du « Plan vert » de coupure des voies ferrées pour empêcher l’acheminement des renforts allemands vers la Manche après le Débarquement, puis par leur grève qui marque le début de l’insurrection parisienne. Dès le mois de septembre, ils sont en première ligne dans la reconstruction du réseau et du pays.

Carte administrative des directions allemandes des chemins de fer en zones occupée et interdite. Les EBD ou Eisenbahn Direktionen correspondent aux Régions SNCF, elles-mêmes calquées sur les réseaux des anciennes Compagnies. Les cheminots allemands de la Reichsbahn doublent et surveillent les cadres français dans les établissements SNCF et les directions territoriales. Les EBD sont placées sous l’autorité des transports militaires (WVD, Wehrmacht Verkehrs Direktion). Le Nord et l’Est sont placés sous l’autorité de la WVD Bruxelles. L’Alsace et la Moselle, annexées à l’Allemagne, sont incluses dans la Reichsbahn. Archives historiques SNCF – SARDO, cote 0026lm0018-007, en ligne sur Openarchives SNCF.