Les Milles, un lieu de mémoire de l’internement et de la déportation
Ouvert en septembre 1939 dans une ancienne tuilerie située entre Aix-en-Provence et Marseille, dans les Bouches-du-Rhône, le camp des Milles est d’abord un camp d’internement destiné aux ressortissants étrangers considérés comme indésirables. Entre 1939 et 1942, plus de 10 000 personnes originaires de 38 pays y sont internées, principalement des ressortissants allemands. Pour beaucoup d’entre eux, qui ont fui le nazisme, les persécutions et les régimes totalitaires, la France devait constituer une terre d’asile. Ils se retrouvent pourtant eux-mêmes enfermés dans un camp d’internement.
Parmi les internés figurent de nombreux artistes, écrivains et intellectuels, dont Max Ernst, Hans Bellmer et Lion Feuchtwanger. Dans des conditions de vie particulièrement difficiles, une importante activité culturelle se développe au sein du camp. Les internés réalisent des centaines d’œuvres, témoignages de leur créativité mais aussi d’une forme de résistance par l’art et par l’esprit. Certaines de ces œuvres sont encore conservées et visibles aujourd’hui sur le site-mémorial.
À partir de 1942, le camp des Milles devient également un lieu de transit dans le processus de déportation des Juifs de France. En août et septembre 1942, dans le cadre des grandes rafles organisées par le gouvernement de Vichy, plus de 2 000 hommes, femmes et enfants juifs sont transférés depuis le camp des Milles vers les camps de Drancy et de Rivesaltes. De là, ils sont déportés vers Auschwitz-Birkenau.
La création d’un lieu de mémoire
La volonté de préserver la mémoire des déportés du camp des Milles se concrétise au début des années 1990. Le 16 décembre 1990, un « Chemin des Déportés » est officiellement inauguré. Il reprend le parcours emprunté par les personnes déportées depuis le camp jusqu’aux trains qui devaient les conduire vers les camps de destination.
Le 9 octobre 1991, le comité de coordination constitué autour de ce projet devient l’« Association du Wagon Souvenir des Milles ». Elle rassemble les associations locales de déportés, d’internés et de résistants, ainsi que la communauté juive et l’Amicale des anciens déportés d’Auschwitz.
En 1992, l’Amicale des déportés d’Auschwitz obtient de SNCF la mise à disposition d’un ancien wagon. Aménagé comme lieu de mémoire de la déportation, il est inauguré le 9 novembre 1992 dans le cadre d’une opération d’information et d’éducation intitulée « Mémoire pour demain », organisée en collaboration avec le rectorat d’Aix-Marseille et les collectivités publiques.
Ce premier wagon du souvenir constitue l’une des premières étapes de la transformation de l’ancien camp en un lieu consacré à la transmission de son histoire.
Un nouveau wagon pour le site-mémorial
En 2011, un wagon datant de la période de la Seconde Guerre mondiale, identique à ceux utilisés pour les déportations, est retrouvé sur le triage ferroviaire de Miramas. Sa rénovation est engagée avec le soutien financier de SNCF, du Comité d’établissement des cheminots PACA et de la Région Provence-Alpes-Côte d’Azur. Une souscription publique est également lancée par le Comité d’établissement des cheminots PACA avec la Fondation du Camp des Milles.
La restauration, réalisée à l’identique au technicentre de Nîmes, permet de restituer au wagon son aspect de l’époque. Il est inauguré le 21 septembre 2015 et vient remplacer le wagon installé en 1992. Présent sur le site du camp, il constitue un support concret pour évoquer le rôle du transport ferroviaire dans le processus de déportation.

Un lieu pour comprendre et transmettre
Lorsque le site-mémorial du camp des Milles est inauguré en 2012, SNCF apporte son soutien à l’action pédagogique développée par la Fondation du Camp des Milles. Conçu comme un musée d’histoire et un lieu de mémoire, le site a également une forte vocation éducative. Il s’adresse notamment aux jeunes générations et cherche à leur donner des clés pour comprendre les mécanismes qui conduisent à l’exclusion, à la persécution, au racisme, à l’antisémitisme et aux génocides.
L’exposition permanente s’appuie sur l’histoire du camp, les traces laissées par les internés et les œuvres réalisées sur place. Elle met en évidence les différentes étapes de l’histoire du site, de l’internement des étrangers à la déportation des Juifs, tout en donnant une place importante aux parcours individuels.
Le site-mémorial accueille désormais également l’exposition nationale « 1942-1944 : 11 400 enfants juifs déportés de France à Auschwitz », réalisée par Serge Klarsfeld et l’Association des Fils et Filles des Déportés Juifs de France. Cette exposition avait été présentée dans plusieurs gares françaises entre 2002 et 2004 avec le soutien de SNCF. Sa présence au sein du site-mémorial permet de prolonger ce travail de transmission et de rappeler le destin des enfants victimes de la déportation. La SNCF a soutenu le projet de numérisation de l’exposition en septembre 2026.
À travers la conservation du site, les collections, les œuvres des internés, le wagon du souvenir et les actions pédagogiques qui y sont menées, le site-mémorial du Camp des Milles fait ainsi le lien entre histoire et mémoire. Il rappelle le destin de celles et ceux qui furent internés et déportés tout en invitant les visiteurs, et particulièrement les jeunes générations, à réfléchir aux mécanismes qui peuvent conduire au rejet de l’autre et à la persécution.

