Théâtre et travail de mémoire

En France, les programmes scolaires prévoient trois moments où les jeunes sont confrontés à la Seconde Guerre mondiale, la Déportation, la Shoah et la mémoire collective : en fin de primaire, de collège et de lycée. Le travail de mémoire en direction des jeunes peut prendre des formes diverses, y compris au travers d’approches artistiques. SNCF a soutenu des projets pédagogiques portant sur des témoignages de la déportation et s’appuyant sur des ateliers-théâtres, associant représentations théâtrales et rencontres pédagogiques. Un travail de coopération avec les enseignants au sein des établissements permet de construire une nouvelle façon d’aborder avec les élèves les thématiques scolaires, en s’appuyant sur les spectacles.

« Qui rapportera ces paroles ? »

SNCF a soutenu la création de la pièce et le programme pédagogique.

Ainsi la compagnie OeilduDo d’Angers a travaillé avec des élèves du second degré sur la tragédie de Charlotte Delbo : « Qui rapportera ces paroles ?», que la compagnie crée le 8 mars 2013, dans le cadre de la célébration du centenaire de la naissance de l’écrivaine.

Durant la Seconde Guerre mondiale, Charlotte Delbo est résistante au sein du groupe Politzer où elle est notamment chargée de la réalisation des « Lettres françaises », une publication littéraire clandestine. Charlotte Delbo et son mari sont arrêtés le 2 mars 1942. Il sera fusillé au fort du Mont-Valérien. Elle est déportée le 24 janvier 1943 à Auschwitz-Birkenau, avec 229 autres femmes, la plupart engagées comme elle dans la Résistance. Puis elle est envoyée au camp de Ravensbrück en janvier 1944 d’où elle est libérée par la Croix-Rouge en avril 1945. Seules 49 déportées de son convoi auront survécu en 1945.

Écrite en 1966, la pièce relate le quotidien des 230 femmes dans l’enfer du camp, qui sont, au début du spectacle, représentée par 23 personnages féminins. Elles ne seront plus que deux à la fin, pour « rapporter ces paroles ».

La compagnie OeilduDo, sous la direction de Virginie Brochard, a proposé aux élèves de découvrir la parole de celle qui, ayant vécu l’expérience concentrationnaire, témoigne de son horreur mais aussi du courage et de la solidarité des déportées. Une lecture-spectacle de « Ondine, à deux voix humaines » a également été créée, lettre d’adieu de Charlotte Delbo à son époux.

« Haïm, à la lumière du violon »

SNCF a soutenu les représentations du spectacle en décembre 2012 et janvier 2013, salle Gaveau à Paris, ainsi que le programme pédagogique.

« Haïm, à la lumière d’un violon » est un spectacle créé par la compagnie C(h)aracteres sur la vie de Haïm Lipsky, un juif polonais né à Lodz en 1922 dans une famille ouvrière et qui a échappé à la mort au camp d’Auschwitz grâce à son talent de violoniste. Emigré en Israël après la guerre, il renonce à la musique. Ses enfants et petits-enfants prendront la relève.

Écrite et mise en scène par Gérald Garutti, la pièce mêle un récit et des musiques qui sont interprétées notamment par le petit-fils de Haïm Lipsky, violoniste.

Avec sa compagnie de théâtre, Gérald Garutti a développé à partir de ce spectacle une démarche pédagogique auprès des lycéens d’Aubervilliers (Seine-Saint-Denis) où la compagnie est installée : une dizaine de rencontres avec le metteur en scène et l’équipe artistique dans les collèges et lycées d’Aubervilliers, un travail avec les enseignants de quatre classes au sein des établissements, avec les élèves ayant pu assister au spectacle.

Une petite fille « privilégiée »

SNCF a été partenaire de la compagnie pour le programme des représentations et l’action pédagogique.

Francine Christophe a huit ans et demi en juillet 1942, lorsqu’elle est arrêtée avec sa mère, parce qu’elles sont juives. Internées dans plusieurs camps d’internement français, elles sont déportées le 2 mai 1944 avec d’autres femmes et enfants de prisonniers de guerre juifs, qui sont détenus dans des Oflags en Allemagne. Pour cette raison, ces femmes et ces enfants échappent à Auschwitz mais sont envoyés au camp de concentration de Bergen-Belsen avec le statut d’otages, pour servir de monnaie d’échange aux nazis.

Petite fille « privilégiée », Francine Christophe usera ironiquement de cet adjectif dans le récit écrit à son retour et publié sous ce titre cinquante ans plus tard (Une petite fille privilégiée. Une enfant dans le monde des camps, 1942-1945, Paris, Éditions de l’Harmattan, 1996).

Une adaptation théâtralisée du texte initial a été réalisée par la compagnie TRAC, dans une mise en scène de Philippe Pottier. Elle a été jouée en 2014 au Palais des Rois de Majorque de Perpignan devant plus de 900 élèves de collèges et de lycées, lors d’événements mémoriels sur la Déportation. Le Théâtre du Lucernaire, à Paris, en a donné 40 représentations entre avril et mai 2014.

La compagnie TRAC a proposé un projet pédagogique à partir de ce spectacle en intervenant dans des classes de Troisième et Terminale en Languedoc-Roussillon et en Île-de-France. Une programmation spécialement destinée au public scolaire est établie.