Travaux d’histoire commandés par SNCF

Dans le prolongement de sa démarche de traitement et de valorisation de ses archives historiques, SNCF a souhaité favoriser la recherche historique pour pallier le manque de connaissances fiables sur son passé entre 1940 et 1945. Convaincue du fait que seule une approche scientifique indépendante pouvait apporter des réponses à la complexité des faits, elle a été à l’initiative de travaux d’historiens, qui ont donné lieu à des publications, et d’un colloque historique à l’Assemblée nationale. Elle a noué des partenariats avec des universités, des instituts de recherche et des musées et a apporté son soutien à des ouvrages historiques.

Le rapport Bachelier (1996)

En novembre 1992, SNCF et le CNRS (Centre national de la Recherche scientifique) signent une convention de recherche en vue de la réalisation d’une étude approfondie sur l’histoire de la SNCF durant la Seconde Guerre mondiale. L’étude est confiée à l’Institut d’histoire du temps présent, laboratoire du CNRS (IHTP). La démarche de la SNCF et de son président, Jacques Fournier, est motivée par le souci de porter un regard scientifique et dépassionné sur le passé de l’entreprise, qui reste insuffisamment connu et fait l’objet de controverses, notamment à cause du rôle que jouèrent les transports ferroviaires dans la Déportation.

Sous la responsabilité scientifique de l’historien Henry Rousso, directeur de l’IHTP, l’historien Christian Bachelier est chargé de l’étude. En septembre 1996, il remet un rapport documentaire intitulé « La SNCF sous l’Occupation allemande, 1940-1944 ».

Le rapport Bachelier présente les étapes de l’histoire de l’entreprise publique durant ces années au cours desquelles elle dépend à la fois de la tutelle du gouvernement de Vichy et de l’autorité de l’occupant allemand. Il montre la réquisition des équipements, le contrôle allemand, la collaboration technique, les décisions prises par les autorités nazies pour l’organisation et la mise en place des déportations et le rôle des cheminots français dans ce processus, la Résistance  des cheminots et la répression qu’ils ont subie. La Libération, l’épuration et la reconstruction sont abordés dans les derniers chapitres du rapport.

Pour en savoir plus :
Le rapport Bachelier se compose de deux volumes, de 900 pages au total, et de deux volumes d’annexes reproduisant les documents d’archives utilisés, qui proviennent des archives de SNCF, des Archives nationales françaises et des archives allemandes.
Annexes 1 : Généralités.
Annexes 2 : Les déportations.
Le rapport est consultable dans son intégralité sur le site de SNCF

Le colloque « Une entreprise publique dans la guerre : la SNCF de 1939 à 1945 » (2000)

À l’initiative du président de SNCF Louis Gallois, ce colloque est organisé par l’Association pour l’histoire des chemins de fer (aujourd’hui Rails & Histoire) à l’Assemblée nationale les 20 et 21 juin 2000. Il s’inscrit dans le prolongement du processus de recherche historique engagé par SNCF depuis plusieurs années, comprenant notamment la remise en 1996 du rapport documentaire « La SNCF sous l’Occupation allemande », de Christian Bachelier ///LIEN avec sous-onglet 1.

Préparé par un comité scientifique indépendant, le colloque est présidé par René Rémond, président de la Fondation nationale des sciences politiques. Il réunit des chercheurs de renom comme Laurent Douzou, Serge Klarsfeld, Michel Margairaz, Eugène Riedweg, Henry Rousso, Serge Wolikow… ainsi que Philippe Bélaval, alors directeur des Archives de France. Un état des sources est établi par des conservateurs des Archives nationales. Des témoins de cette période, des dirigeants de l’entreprise et des cheminots participent aux débats.
Ce colloque est l’un des premiers consacrés en France à l’histoire d’une grande entreprise publique durant la guerre et intéresse autant l’histoire des entreprises et des administrations que l’histoire sociale et celle de la Seconde Guerre mondiale. Il fait le point sur la question des archives disponibles, aborde des problématiques centrales telles que la stratégie de l’entreprise, les impératifs de l’économie de guerre et la déportation des Juifs de France. Il se penche sur la situation des cheminots dans la guerre et l’Occupation et sur la mémoire de la Résistance ferroviaire.

Les actes du colloque sont publiés en 2001 aux Presses universitaires de France (PUF) sous le titre : Une entreprise publique dans la guerre : la SNCF, 1939-1945. Colloque sous la présidence de M. René Rémond, de l’Académie française.
Ils sont également accessibles en ligne sur le site de Rails et Histoire – Association pour l’histoire des chemins de fer en France (AHICF) / à préciser///

Ouverture par Jean-Pierre Masseret, secrétaire d’État chargé des anciens combattants, du colloque « La SNCF 1939-1945, une entreprise publique dans la guerre », Paris, Assemblée nationale, 20 juin 2000 ©SNCF

Appel aux témoignages des cheminots

SNCF lance en 2012 un appel à témoignages sur la Seconde Guerre mondiale auprès de la communauté cheminote. Documents personnels, photos, objets et témoignages oraux de témoins de l’époque sont recueillis par le SARDO (Service Archives et Documentation SNCF) et Rails et Histoire – Association pour l’histoire des chemins de fer , chargés de la collecte et de sa valorisation.

Cette collecte de grande envergure a pour objectif de conserver les traces d’un passé en train de disparaître. Elle vise également à enrichir les ressources historiques au service des chercheurs et de la mémoire collective.
Une sélection des entretiens enregistrés lors de la collecte, intitulée « Vie et travail au quotidien pendant la Deuxième Guerre mondiale : mémoire et récits de cheminots » est disponible sur le site Mémoire orale de l’industrie et des réseaux

Cet appel à témoignages et leur valorisation s’effectue dans le cadre d’un partenariat entre SNCF et Rails et Histoire – Association pour l’histoire des chemins de fer, à laquelle SNCF a confié un certain nombre de travaux portant sur l’histoire et la mémoire de la Seconde Guerre mondiale. SNCF est un des membres fondateurs de l’association, constituée en 1987, qui réunit les professionnels du rail et ceux de la recherche en sciences humaines et sociales. Ses activités (recherche et documentation, éditions, expositions, conseil) sont placées sous la direction d’un comité scientifique indépendant.

Pour en savoir plus sur Rails et Histoire

En 2015, Rails et Histoire réalise « Voix cheminotes : une histoire orale des années 1930 à 1950 », une exposition sonore fondée sur les entretiens de cheminots enregistrés lors de la collecte des témoignages, qui est présentée aux Archives nationales.

Pour visiter virtuellement l’exposition, audible et visible sur le site des Archives nationales

Les cheminots victimes de la répression

En avril 2017, SNCF publie avec Rails et Histoire aux Éditions Perrin : Cheminots victimes de la répression, 1940-1945, livre-mémorial. Véritable mémorial dressé en hommage aux disparus mais aussi outil de connaissance historique, cet ouvrage de 1 764 pages rassemble les fiches biographiques de 2 229 cheminots tués, agents ou anciens agents de la SNCF, victimes de la répression des autorités allemandes et du gouvernement de Vichy.
Morts en détention dans les prisons de France, fusillés après condamnation, otages exécutés, abattus ou massacrés, morts en déportation ou très peu de temps après leur retour, leurs vies sont décrites dans ce livre mémorial.

La répression a visé des personnes pour ce qu’elles faisaient, avaient fait ou étaient présumées avoir fait : le livre n’inclut donc pas les autres cheminots victimes de guerre, notamment les personnes tuées par des bombardements ou des mitraillages par les avions, les militaires morts sous les drapeaux en 1939-1940. Mais une seconde partie est consacrée à 443 agents victimes des combats de la Libération, à commencer par les maquisards ayant perdu la vie les armes à la main.
Il permet donc de suivre et d’honorer 2 672 personnes dont le parcours, professionnel et de répression, a été étudié. Les recherches se sont étendues de 2012 à 2016 à partir d’archives pour la plupart inédites et exploitées ensemble pour la première fois. Chaque notice est originale ou a été mise à jour par l’équipe du projet et est suivie de l’indication des sources d’archives qui ont permis de confirmer les données avancées. Plus de 3 500 autres dossiers ont été vérifiés. Seules les personnes dont les sources ont confirmé la profession et le décès par mesure de répression ont été retenues.

Une introduction de 55 pages met en perspective ce travail et donne les clés de compréhension du livre. Présentation des sources, glossaire, bibliographie sélective font également de ce livre une référence scientifique et une ressource pédagogique.

Le cadre historique et mémoriel

Dans le domaine de l’histoire de la Seconde Guerre mondiale, ce livre adopte pour la première fois le point de vue de l’appartenance professionnelle. Il vient en complément des « livres-mémoriaux » qui ont été édifiés par Serge Klarsfeld pour les Juifs de France, par la Fondation pour la mémoire de la Déportation pour les déportés de répression, par divers ordres (notamment pour les Compagnons de la Libération), instituts et associations, par un certain nombre de collectivités locales.
L’ouvrage s’inscrit dans le mouvement actuel de l’histoire qui privilégie les parcours de vie des individus pour mieux comprendre l’histoire collective.

Les auteurs et partenaires

Le livre est le résultat d’un travail collectif. Les membres du comité de projet coordonnés par l’association Rails et Histoire sont le Service Archives Documentation (SARDO) de SNCF, le Cercle généalogique des cheminots, l’Institut d’histoire sociale CGT Cheminot, l’association Rail & Mémoire, l’ANCAC (Association nationale des cheminots anciens combattants), la Fondation pour la mémoire de la Déportation, le Centre d’histoire et de mémoire de La Coupole, l’association Mémoire Vive, le Service historique de la Défense et plusieurs chercheurs experts du domaine.
Les 39 auteurs, qui ont travaillé sous la direction de l’historien Thomas Fontaine, sont spécialistes des divers aspects de la répression durant l’Occupation de la France par l’Allemagne nazie, eux-mêmes auteurs de monographies régionales ou collaborateurs de dictionnaires biographiques.

L’équipe de rédaction du livre-mémorial lors de la présentation du livre, le 5 avril 2017 ©Caroline Chalier

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