Les cheminots victimes de la répression

En avril 2017, SNCF publie, avec Rails & histoire et les Éditions Perrin, Cheminots victimes de la répression, 1940-1945. Livre mémorial, sous la direction scientifique de l’historien Thomas Fontaine. Fruit de près de cinq années de recherches, cet ouvrage de 1 764 pages constitue à la fois un mémorial en hommage aux disparus et un outil de connaissance historique.

Un mémorial de 2 672 parcours

Le livre rassemble les notices biographiques de 2 229 agents ou anciens agents de la SNCF victimes de la répression menée en France entre 1940 et 1945 par les autorités allemandes et le régime de Vichy. Ces hommes et ces femmes ont connu des destins différents : certains furent fusillés après condamnation ou exécutés comme otages, d’autres furent abattus ou massacrés, moururent en prison ou en déportation, ou décédèrent peu après leur retour des camps. La diversité de ces parcours témoigne de la pluralité des formes de répression et des situations auxquelles les cheminots furent confrontés pendant l’Occupation.

Le périmètre du recensement

Le livre ne constitue pas un recensement de l’ensemble des cheminots morts pendant la Seconde Guerre mondiale. Son périmètre repose sur un critère précis : celui des victimes de mesures de répression, c’est-à-dire des personnes dont la mort est liée à leur arrestation, leur condamnation, leur exécution, leur déportation ou à des représailles. Les cheminots morts lors de bombardements ou de mitraillages, ainsi que les militaires morts sous les drapeaux en 1939-1940, ne sont donc pas inclus dans ce premier ensemble.

Une seconde partie élargit toutefois le mémorial aux 443 agents victimes des combats de la Libération, notamment aux cheminots ayant rejoint les maquis et morts les armes à la main. Au total, l’ouvrage permet ainsi de retrouver les noms et les parcours de 2 672 personnes, en associant leur histoire professionnelle à leur parcours pendant la guerre.

Les cheminots victimes de la répression – 1940-1945
Mémorial

Un travail fondé sur les archives

La réalisation de ce mémorial repose sur un important travail de recherche mené entre 2012 et 2016. Les chercheurs ont croisé des sources de nature différente afin d’établir, pour chaque personne, la réalité de son appartenance au monde cheminot et les circonstances de sa mort.

Des sources croisées pour documenter chaque parcours

Les archives de la SNCF ont constitué l’une des principales sources de cette recherche, notamment les dossiers de carrière et de pension conservés par le Centre national des archives du personnel, entité du SARDO. Elles ont été mises en regard des fonds du Service historique de la Défense, des archives familiales, des plaques commémoratives et des travaux déjà consacrés à la Résistance et à la répression.

Plus de 3 500 dossiers ont ainsi été examinés et vérifiés. Les notices retenues ont fait l’objet d’un travail de recherche et de confrontation des sources afin de documenter aussi précisément que possible le parcours professionnel et les circonstances de la mort de chaque personne. Chaque notice est accompagnée des références aux archives ayant permis d’établir les informations présentées.

Un travail collectif

Ce travail collectif a été coordonné par Rails & histoire et réuni des historiens, des archivistes, des chercheurs et des acteurs associatifs et mémoriels. Le comité de projet associait notamment le Service Archives Documentation de SNCF, le Cercle généalogique des cheminots, l’Institut d’histoire sociale CGT Cheminots, Rail & Mémoire, l’ANCAC, la Fondation pour la mémoire de la Déportation, La Coupole, Mémoire Vive et le Service historique de la Défense. Au total, 39 auteurs ont contribué à l’élaboration de l’ouvrage sous la direction de Thomas Fontaine.

Un mémorial pour rendre les parcours visibles

Au-delà du recensement des victimes, l’ambition du livre est de redonner une histoire et un visage à chacune d’entre elles. Les notices permettent de restituer des parcours individuels, leurs engagements, leur activité professionnelle, les circonstances de leur arrestation et de leur mort, mais aussi, lorsque les sources le permettent, les traces laissées dans les archives et la mémoire de leurs proches.

Cette approche par les parcours de vie permet de replacer les victimes dans leur histoire professionnelle et personnelle et de mieux comprendre, à travers des trajectoires individuelles, la diversité des situations vécues pendant l’Occupation.

Le livre s’inscrit ainsi dans une démarche à la fois historique et mémorielle. Il adopte un point de vue fondé sur l’appartenance professionnelle et vient compléter les grands travaux mémoriaux consacrés aux victimes de la Seconde Guerre mondiale. Il constitue également une ressource pour les chercheurs, les enseignants et tous ceux qui souhaitent approfondir l’histoire des cheminots et de la SNCF pendant la guerre.

Une introduction de 55 pages présente le cadre historique et les choix méthodologiques du projet. Un glossaire, une bibliographie sélective, un index et la présentation des sources complètent l’ouvrage et en font un outil de référence pour la recherche et la transmission de cette histoire.

Par l’ampleur de la recherche menée et par l’attention portée à chaque parcours individuel, Cheminots victimes de la répression, 1940-1945 constitue aujourd’hui un ouvrage de référence pour connaître les cheminots victimes de la répression et des combats de la Libération. Il contribue à inscrire leurs noms et leurs histoires dans la mémoire collective et à transmettre, à partir des archives, une histoire documentée de la Seconde Guerre mondiale.

L’équipe de rédaction du livre-mémorial lors de la présentation du livre, le 5 avril 2017 ©Caroline Chalier