De juillet 1943 à août 1944, l’ancienne gare de marchandises de Bobigny, en Seine-Saint-Denis, devient le principal point de départ des convois de déportation des Juifs de France internés au camp de Drancy, situé à deux kilomètres. Elle prend alors le relais de la gare du Bourget-Drancy, utilisée jusqu’en juillet 1943.

En treize mois, près de 22 500 hommes, femmes et enfants sont déportés depuis Bobigny vers les camps nazis, principalement Auschwitz-Birkenau. L’ancienne gare constitue ainsi un lieu majeur de l’histoire de la déportation des Juifs de France et de la Shoah.

D’une superficie de 3,5 hectares, elle a conservé une grande partie de ses caractéristiques d’origine. Rails, traverses, ballast, pavés et bâtiments témoignent de son activité ferroviaire et forment aujourd’hui un ensemble patrimonial remarquable. Leur présence permet de restituer concrètement l’organisation du site et les conditions dans lesquelles les convois étaient préparés puis acheminés.

Dès le début des années 2000, une réflexion est engagée pour préserver cet ensemble et faire de l’ancienne gare un lieu consacré à l’histoire de la Shoah, dans le respect de son authenticité.

En 2004, le projet de valorisation entre dans une phase active. En 2005, l’ensemble du site — bâtiments, voies ferrées et sols — est inscrit à l’inventaire supplémentaire des Monuments historiques. En décembre 2008, la SNCF annonce sa décision de mettre les terrains à la disposition de la Ville de Bobigny afin de permettre leur transformation en lieu de mémoire.

Un patrimoine ferroviaire préservé

Au fil des années, des aménagements paysagers, patrimoniaux et scénographiques viennent accompagner la mise en valeur de l’ancienne gare. Ils permettent de rendre son histoire plus lisible tout en conservant les caractéristiques qui font la singularité du lieu.

Les voies, les sols, les bâtiments et l’environnement ferroviaire offrent aujourd’hui un témoignage direct de la fonction de la gare entre 1943 et 1944. Leur conservation permet notamment de restituer l’organisation matérielle des départs et de mieux comprendre le fonctionnement de la gare à cette période.

La particularité de Bobigny tient ainsi à la présence d’un patrimoine ferroviaire demeuré largement en place, qui permet d’appréhender les événements à partir du lieu lui-même.

25 janvier 2011 : un engagement fondateur

Le 25 janvier 2011, Catherine Peyge, maire de Bobigny, et Guillaume Pepy, président de la SNCF, signent une convention de partenariat qui formalise la mise à disposition du site et fixe les grandes orientations de sa réhabilitation en lieu de mémoire.

La cérémonie se déroule en présence d’anciens déportés et de personnalités de la communauté juive française. À cette occasion, Guillaume Pepy exprime, au nom de la SNCF, les regrets de l’entreprise pour les conséquences des actes accomplis par la SNCF pendant l’Occupation et reconnaît sa participation au système de déportation.

La SNCF de l’époque, réquisitionnée, prit part à cette mécanique de l’inhumain, conformément au programme de l’occupant nazi et de ses collaborateurs français. […] Contrainte, certes, notre entreprise a acheminé ces trains jusqu’à la frontière. Elle l’a fait. […]
Ici, en ces lieux qui désormais s’inscrivent dans la mémoire de chacun, je veux dire aujourd’hui la profonde douleur et les regrets de la SNCF pour les conséquences des actes de la SNCF de l’époque.
En son nom, je m’incline devant les victimes, les survivants et les enfants de déportés, et devant la souffrance qui vit encore.
Guillaume Pepy, président de la SNCF, Bobigny, 25 janvier 2011.
Guillaume Pepy, président de la SNCF, exprime les regrets de l’entreprise à Bobigny, le 25 janvier 2011, devant Simone Veil, présidente de la Fondation pour la Mémoire de la Shoah, et Catherine Peyge, maire de Bobigny. © SNCF Médiathèque – Jean-Jacques D’Angelo

De l’histoire à la transmission

En janvier 2012, l’ancienne gare accueille une exposition provisoire intitulée Bobigny, une gare entre Drancy et Auschwitz, réalisée avec le soutien de la SNCF. Inaugurée le 27 janvier 2012 par Catherine Peyge et Guillaume Pepy, elle s’inscrit dans le cadre de la Journée internationale dédiée à la mémoire des victimes de l’Holocauste et à la prévention des crimes contre l’humanité.

L’exposition retrace l’histoire de la gare et son rôle dans la déportation des Juifs de France. Elle est accompagnée de la projection du film Bobigny, une gare entre Drancy et Auschwitz, réalisé par la Ville de Bobigny en 2010 à partir d’une collecte de témoignages.

Ces premières initiatives accompagnent la transformation progressive de l’ancienne gare en un lieu ouvert au public, où l’histoire peut être appréhendée à partir des documents et des témoignages, mais aussi du cadre matériel dans lequel les événements se sont déroulés.

La singularité du lieu tient notamment à la possibilité de se rendre à l’endroit même où furent formés et expédiés les convois de déportation. La présence des voies, des sols et des bâtiments permet de mieux comprendre les conditions dans lesquelles des milliers d’hommes, de femmes et d’enfants furent conduits vers la déportation.

Cette dimension pédagogique prend une place croissante dans le projet. Le site contribue à faire connaître l’histoire de la persécution et de la déportation des Juifs de France, à transmettre la mémoire des victimes et à sensibiliser les nouvelles générations aux mécanismes qui ont conduit au génocide des Juifs d’Europe.

La grande halle : un espace pour transmettre la mémoire

Dans le cadre du partenariat conclu en 2011 entre la SNCF et la Ville de Bobigny, la SNCF entreprend, avec le soutien du Conseil régional d’Île-de-France, la réhabilitation de l’ancienne halle aux marchandises.

Le bâtiment n’a pas directement joué de rôle dans les opérations de déportation. Il se situe toutefois à proximité immédiate des voies où étaient stationnés les wagons utilisés pour les convois.

Dès 2012, ses deux façades deviennent un support mémoriel présentant notamment la liste des convois de déportation partis de Bobigny.

La halle restaurée est inaugurée le 27 janvier 2015, à l’occasion du 70e anniversaire de la libération du camp d’Auschwitz-Birkenau.

Cette cérémonie marque une nouvelle étape dans la transformation de l’ancienne gare en site mémoriel. Stéphane De Paoli, maire de Bobigny à l’époque, les représentants de la SNCF et de l’AFMA (Association Fonds Mémoire d’Auschwitz) soulignent alors l’importance de faire connaître cette histoire aux générations présentes et futures.

Aujourd’hui, s’il nous importe de nous souvenir, il nous tient également à cœur de transmettre. Transmettre inlassablement ce que fut la Shoah. […] Mon espoir est que nous puissions transmettre un message de paix.
Extrait du discours de Stéphane De Paoli, maire de Bobigny, le 27 janvier 2015.Saisissez la source

Une nouvelle étape avec le Mémorial de la Shoah

La transformation de l’ancienne gare de Bobigny en lieu de mémoire franchit une nouvelle étape avec son intégration au projet porté par le Mémorial de la Shoah.

Le partenariat avec le Mémorial de la Shoah marque une nouvelle étape dans l’évolution du site. Il inscrit l’ancienne gare dans une démarche de référence consacrée à l’histoire de la Shoah et de la déportation des Juifs de France, et renforce sa vocation historique et pédagogique.

La préservation du lieu s’accompagne désormais d’un travail de connaissance, de médiation et de sensibilisation destiné à différents publics, notamment aux jeunes générations. L’histoire de la gare peut être abordée à partir de documents, de témoignages et de contenus historiques, mais aussi à travers les éléments matériels conservés sur place.

De gare de déportation à lieu de mémoire, l’ancienne gare de Bobigny conserve ainsi les traces d’une histoire dont la connaissance et la transmission demeurent essentielles.